LE SEXE DES ANGES...
... fait encore débat. Et quand Pignon-Ernest propose son Ode au Vivant, l'art entre en conflit avec les
croyances moyennageuses.
" Depuis le 3 juillet et dans le cadre de l’exposition « Ingres et les modernes », deux anges monumentaux réalisés par Pignon-Ernest, inspiré du Vœu de Louis XIII d’Ingres,
recouvrent la façade de la cathédrale de Montauban. Armés de balais, de papier journal et de colle, trois jeunes gens ont tenté, en pleine nuit, de recouvrir le sexe féminin des anges, afin de
« les rendre décents »...
Ce faisant, ils les ont rendu indécents.

Que l'on puisse encore discuter du sexe des anges parait surréaliste et pourtant c'était à nouveau d'actualité cette semaine alors que le débat semblait clos depuis bien longtemps. Le
concept de créatures célestes étant imaginaire, rien à priori n'empêchait un artiste de les concevoir avec un corps humain. Chose faite au cours des siècles. Des corps ailés
puisqu'ils sont célestes ! Voila qui rappelle la mythologie grecque mais au moins on s'y retrouve. Oui, mais un corps, c'est sexué... Que faire ? Tout
simplement cacher le sexe et le tour est joué. Céleste, ailé, mais assurément pas sexué. Voila l'image de l'ange 'parfait'.
Benjamin Spence, le murmure de l'ange, musée
d'Orsay
Même si les affiches de Pignon-Ernest ont été installées sur la façade de la cathédrale en accord avec les autorités de l'église à laquelle elle adhère, cette idée intolérable d'ange sexué a
poussé une famille à les mutiler . Bienheureux les pauvres d'esprits prêchait Jésus, ils verront Dieu. Vingt et un siècle plus tard, les pauvres
d'esprit préfèrent rester scotchés au ras du bas ventre plutôt que de regarder vers le ciel ne serait -ce que pour vérifier la présence des anges parfaits. Quant à Voltaire,
il peut se retourner dans sa tombe en voyant dans quel état de misère spirituelle certains en sont réduits dans notre pays.
La religion ne serait-elle plus l'opium du peuple mais le refuge des
frustrés ?
Non, car voici la réaction d'un abbé, président de la société archéologique et historique de Tarn-et-Garonne qui remet les choses au point :…« A moins de condamner
la nudité et la sexualité comme des réalités abjectes, je ne vois pas ce qui justifie une pareille attitude de la part de jeunes croyants... Je n'assimile pas l'œuvre d'Ernest Pignon au diable et
aux forces maléfiques et son projet n'a rien d'antireligieux. Je me demande quelle éducation à la beauté ont reçu des jeunes et même quelle éducation sexuelle pour jouer les effarouchés et crier
au scandale
».
Voie toute tracée pour une église moderne : Développer le concept d'image du corps.